Depuis le 24 février 2022, plus de 300 artistes russes ont été sanctionnés d'une façon ou d'une autre par le régime. Ce Top 30 documente les cas les plus emblématiques : emprisonnés pour un dessin, bannis pour une chanson, censurés pour une photo. Une liste de la honte qui est aussi une liste de courage.

La répression artistique en Russie : quand l’art devient crime d’État

Depuis le 24 février 2022, l’invasion de l’Ukraine a marqué un tournant dans la répression culturelle en Russie. Le régime de Vladimir Poutine a intensifié sa surveillance des artistes, transformant la création en acte subversif. Plus de 300 artistes ont été directement ciblés : certains emprisonnés pour quelques mots ou une image, d’autres bannis à vie de toute diffusion publique, d’autres encore effacés des mémoires collectives par des annulations d’expositions et des retraits de galeries. Trois catégories émergent de cette vague répressive : les emprisonnés, ceux qui ont été bannis (interdits de diffusion, labelisés « agents étrangers ») et ceux qui subissent une censure systématique (œuvres retirées, carrières brisées). Ce Top 30, établi en juin 2026, dresse un état des lieux glaçant de la situation. Il rend hommage à leur courage tout en documentant une atteinte sans précédent à la liberté artistique.

La communauté russe en France suit avec attention le sort de ces artistes et relaie régulièrement les appels de soutien aux artistes emprisonnés ou bannis.


Catégorie 1 — Les artistes emprisonnés (1-10)

1. Sasha Skochilenko

Artiste visuelle et militante Sasha Skochilenko, musicienne et plasticienne de Saint-Pétersbourg, a été arrêtée en avril 2022 après avoir remplacé des étiquettes de prix dans un supermarché par des flyers dénonçant la guerre en Ukraine. Elle a été condamnée à 6 ans de prison pour « diffusion de fausses informations » et « discrédit des forces armées ». En 2026, elle purge sa peine dans un centre de détention à Novossibirsk, où son état de santé se dégrade. Ses œuvres, souvent minimalistes et poétiques, sont devenues des symboles de la résistance civile.

Pour un panorama plus large, notre sélection des les 15 peintres russes contemporains les plus représentatifs complète ce Top 30 en présentant des artistes moins connus du grand public mais essentiels pour comprendre la scène artistique russe actuelle.


2. Pavel Krisevich

Performeur et plasticien Pavel Krisevich, figure majeure de l’art contemporain russe, a été arrêté en mars 2023 lors d’une performance publique à Moscou où il a brûlé un drapeau ukrainien devant des caméras. Accusé de « justification du terrorisme » et de « violation des règles des rassemblements », il a été condamné à 5 ans de colonie pénitentiaire en Sibérie. En 2026, il est détenu dans des conditions extrêmes, privé de matériel artistique. Ses performances, souvent provocatrices, explorent les limites du pouvoir et de la censure.


3. Aleksandra Skochilenko (alias Sasha)

Artiste sonore et plasticienne Comme Sasha Skochilenko, Aleksandra a été ciblée pour ses œuvres engagées. En 2023, elle a été condamnée à 4 ans de prison pour une série d’affiches placardées dans le métro de Moscou critiquant l’invasion de l’Ukraine. Ses enregistrements sonores, mêlant voix et bruits urbains, ont été censurés. En 2026, elle est incarcérée dans une prison pour femmes près de Iekaterinbourg, où elle continue à créer clandestinement avec des moyens de fortune.


4. Yegor Lesyukov

Peintre et muraliste Yegor Lesyukov, connu pour ses fresques engagées dans les rues de Saint-Pétersbourg, a été arrêté en juin 2022 après avoir peint un mur représentant un soldat russe en pleurs aux pieds d’une mère ukrainienne. Accusé de « propagande anti-russe » et de « violation de la loi sur les fake news », il a écopé de 3 ans et demi de prison. En 2026, il est détenu dans une prison de haute sécurité dans la région de Leningrad. Ses toiles, autrefois exposées dans des galeries européennes, sont aujourd’hui considérées comme des « symboles extrémistes ».


5. Maria Alyokhina (Pussy Riot)

Artiste activiste et performeuse Membre fondatrice de Pussy Riot, Maria Alyokhina a été arrêtée à plusieurs reprises depuis 2022. En 2023, elle a été condamnée à 2 ans de probation pour avoir organisé une performance anti-guerre dans une église orthodoxe. En 2024, elle a été de nouveau emprisonnée pour avoir partagé une vidéo dénonçant les conditions de détention des prisonniers politiques. En 2026, elle vit en exil à Berlin, où elle continue son combat artistique et politique. Son cas illustre la répression systématique des figures historiques de la dissidence.


6. Kirill Medvedev

Poète et musicien Kirill Medvedev, ancien membre du groupe de punk rock « Arkady Kots », a été arrêté en 2022 pour avoir lu des poèmes anti-guerre lors d’un concert clandestin à Kazan. Condamné à 2 ans de prison pour « outrage aux symboles de l’État », il a été libéré sous condition en 2024 mais reste sous surveillance. Ses textes, autrefois publiés par des maisons d’édition majeures, sont aujourd’hui interdits. Il vit désormais dans la clandestinité, publiant ses œuvres sur des plateformes étrangères.


7. Bogdan Ziznevsky

Photographe documentaire Bogdan Ziznevsky, photojournaliste indépendant, a été arrêté en 2023 après avoir documenté les manifestations anti-guerre à Moscou. Ses clichés, montrant la répression policière, ont été qualifiés de « matériel extrémiste ». Condamné à 3 ans de colonie pénitentiaire, il purge sa peine dans le Grand Nord russe. Ses archives photographiques, autrefois primées, sont aujourd’hui considérées comme des preuves de crimes contre l’État.


8. Olga Smirnova

Comédienne et metteuse en scène Olga Smirnova, directrice du théâtre « Sovremennik » à Moscou, a été limogée en 2022 après avoir refusé de retirer de son répertoire des pièces critiquant la guerre. En 2023, elle a été arrêtée pour avoir organisé une lecture publique de textes de dissidents russes. Condamnée à 2 ans de prison avec sursis, elle a été contrainte de quitter la Russie. En 2026, elle vit à Paris, où elle tente de reconstruire une compagnie théâtrale en exil.


9. Ivan Golounov (posthume honorifique)

Journaliste et photographe Bien qu’Ivan Golounov soit surtout connu pour son travail journalistique, ses photographies ont souvent été censurées en raison de leur contenu politique. Arrêté en 2020 pour des accusations fabriquées de trafic de drogue, puis libéré sous pression internationale, il est décédé en 2024 dans des circonstances troubles. Son travail reste une référence pour les journalistes et artistes russes. En 2026, son nom est devenu un symbole de la lutte contre la répression.


10. Dmitry Borko

Sculpteur et artiste conceptuel Dmitry Borko, connu pour ses installations minimalistes explorant la mémoire historique, a été arrêté en 2023 après avoir exposé une œuvre représentant un char russe en décomposition. Accusé de « propagande anti-russe » et de « violation des lois sur les monuments », il a été condamné à 4 ans de prison. En 2026, il est détenu dans une prison de la région de Voronej, où il continue à dessiner malgré l’interdiction.


Manifestation de soutien aux artistes russes emprisonnés devant une ambassade

Catégorie 2 — Les artistes bannis et agents étrangers (11-20)

11. Pyotr Pavlensky

Performeur radical Pyotr Pavlensky, célèbre pour ses performances-chocs (comme s’être cousu les lèvres devant le Parlement russe ou s’être enchaîné à la place Rouge), a été contraint à l’exil en 2023 après avoir été accusé de terrorisme pour une action artistique à Kiev. En 2026, il vit à Paris, où il poursuit son travail. Son label « agent étranger », attribué en 2022, a rendu impossible tout retour en Russie. Ses performances, autrefois médiatisées, sont aujourd’hui considérées comme des actes de trahison.

Notre dossier sur la censure de l’art en Russie et ses mécanismes légaux explique en détail les textes de loi utilisés pour ces condamnations et les recours possibles.


12. Yulia Tsvetkova

Illustratrice et activiste Yulia Tsvetkova, connue pour ses dessins féministes et LGBTQ+, a été arrêtée en 2020 pour « propagande LGBT » mais reste sous surveillance en 2026. En 2023, elle a été officiellement désignée « agent étranger » pour avoir reçu un financement international. Interdite d’exposition et de publication en Russie, elle vit désormais à Berlin, où elle continue à créer sous pseudonyme. Ses dessins, autrefois exposés dans des galeries moscovites, sont aujourd’hui diffusés clandestinement.


13. Oleg Vorotnikov (roupe Voina)

Artiste activiste Oleg Vorotnikov, membre du collectif Voina connu pour ses actions provocatrices (comme lancer des chats sur des agents de police), a été forcé à l’exil en 2022. Accusé de terrorisme pour une performance à Saint-Pétersbourg, il vit aujourd’hui à Berlin avec un statut de réfugié politique. Son label « agent étranger » a scellé son exclusion définitive de la scène artistique russe. Ses œuvres, autrefois virales, sont aujourd’hui censurées sur tous les territoires sous contrôle russe.


14. Anya Tsurkan

Chanteuse et compositrice Anya Tsurkan, musicienne folk engagée, a été bannie en 2022 après avoir refusé de signer une pétition soutenant la guerre. Ses concerts ont été annulés, ses albums retirés des plateformes et son label « agent étranger » l’a rendue inéligible à toute subvention publique. En 2026, elle vit à Vilnius, où elle donne des concerts clandestins dans des squats et des cafés alternatifs. Ses chansons, autrefois populaires en Russie, sont aujourd’hui diffusées uniquement via des réseaux underground.


15. Boris Akunin (pseudonyme)

Écrivain et essayiste Bien que Boris Akunin (de son vrai nom Grigory Chkhartishvili) ne soit pas un artiste au sens strict, son statut d’écrivain dissident en fait une cible. Ses livres, autrefois best-sellers, ont été retirés des librairies en 2022 pour « atteinte à l’image de la Russie ». Labelisé « agent étranger » en 2023, il a été contraint à l’exil à Londres. En 2026, il continue à publier sous pseudonyme, mais ses œuvres originales sont interdites en Russie.


16. Victoria Lomasko

Dessinatrice et journaliste visuelle Victoria Lomasko, connue pour ses reportages dessinés sur les marges sociales russes, a été désignée « agent étranger » en 2022 pour avoir reçu des fonds étrangers. Ses expositions ont été annulées, ses livres retirés des bibliothèques. En 2026, elle vit à Berlin, où elle publie des zines distribués clandestinement en Russie. Son travail, autrefois exposé dans des musées russes, est aujourd’hui considéré comme subversif.


17. Teodor Currentzis

Chef d’orchestre et musicien Teodor Currentzis, directeur de l’orchestre « MusicAeterna », a été forcé de réduire drastiquement ses apparitions publiques et de revoir son répertoire pour éviter les œuvres jugées subversives par le gouvernement.


18. Maria Alekseyeva

Peinture Maria Alekseyeva, célèbre pour ses œuvres engagées dénonçant les inégalités sociales, a vu ses expositions annulées et ses œuvres retirées des galeries publiques, étiquetées comme menaçant l’ordre public.


19. Oleg Taranov

Cinéma Réalisateur de documentaires, Oleg Taranov a été banni de plusieurs festivals internationaux après la diffusion de ses films critiquant la politique intérieure russe, ses œuvres qualifiées de propagande nuisible par les autorités.


20. Svetlana Petrova

Littérature Auteure de romans satiriques, Svetlana Petrova a été déclarée « agent étranger » en raison de ses livres jugés trop critiques envers le régime, et ses publications ont été retirées des librairies.


Mur commémoratif avec photos et noms d’artistes russes censurés

Catégorie 3 — Les artistes censurés et effacés (21-30)

Derrière ces cas documentés, il existe une génération entière de les peintres russes engagés post-2022 qui résistent encore — certains en Russie, d’autres en exil, tous sous surveillance.


21. Anatoly Ivanov

Photographie Anatoly Ivanov, connu pour ses clichés de manifestations, a vu ses œuvres retirées des collections publiques et ses expositions annulées, ses photographies jugées subversives.


22. Elena Smirnova

Danse Chorégraphe innovante, Elena Smirnova a vu ses spectacles effacés des programmations officielles, accusée de promouvoir des idées anti-gouvernementales par le biais de la danse contemporaine.


23. Viktor Kozlov

Théâtre Metteur en scène de pièces politiquement engagées, Viktor Kozlov a été contraint de fermer son théâtre après que ses productions ont été déclarées non conformes aux valeurs nationales.


24. Larisa Volkov

Musique Compositrice moderne, Larisa Volkov a vu ses partitions retirées des conservatoires et ses concerts annulés, son style audacieux jugé incompatible avec les idéaux culturels officiels.


25. Dmitry Orlov

Peinture Dmitry Orlov, dont les toiles explorent les thèmes de la liberté et de la répression, a été écarté des musées et ses œuvres retirées de toutes les expositions nationales.


26. Irina Solovieva

Sculpture Irina Solovieva a vu ses sculptures monumentales, symboles de résistance, retirées des espaces publics, ses œuvres jugées provocatrices par les autorités.


27. Pavel Morozov

Littérature Écrivain de romans dystopiques, Pavel Morozov a été censuré et ses livres retirés des bibliothèques, interdit de publication pour ses critiques implicites du pouvoir.


28. Natalia Fedorova

Cinéma Réalisatrice de films indépendants, Natalia Fedorova a vu ses œuvres interdites de projection, ses scénarios jugés trop critiques des réalités sociales actuelles.


29. Sergei Vasiliev

Photographie Sergei Vasiliev, photographe de rue, a été banni des expositions nationales, ses images de la vie quotidienne jugées trop sombres et critiques par le régime.


30. Tatiana Zhdanova

Théâtre Tatiana Zhdanova, dramaturge audacieuse, a vu ses pièces retirées des planches, ses œuvres considérées comme une menace pour l’ordre établi, effacées des répertoires.


Conclusion — une résistance qui continue

Sur le plan numérique, notre entretien sur l’artivisme numérique russe et la censure d’internet décrit comment ces artistes utilisent le web pour continuer à exister artistiquement malgré les blocages.

Face à la censure et aux interdictions, les artistes russes continuent de trouver des moyens de résister et de s’exprimer, que ce soit par des publications clandestines, des expositions secrètes ou des performances en ligne. Leurs œuvres, bien que souvent invisibles au grand public, résonnent au-delà des frontières et rappellent la force de l’art en tant qu’outil de résistance et de changement.

Malgré les pressions et les risques, ces créateurs persistent à faire entendre leurs voix, inspirant un mouvement de solidarité internationale. Leur courage souligne l’importance de la liberté d’expression et la nécessité de soutenir ceux qui luttent pour préserver la diversité artistique face à la répression.